J'avais enfin pu décoller mon pied du sol lorsqu'il fût parti. Me faufilant à travers la foule, je tentais d'atteindre la sortir qu'il avait empruntée. Arrivée dehors, je ne vis rien. Strictement rien.
A la seconde où mon regard se posa sur la foule de piétons, sur cet arrière plan de gratte-ciels et cet univers américain, mon objectif était fixé : le retrouver. J'appelai l'un de ces fameux taxis qui n'existent finalement pas que dans les films -comme je le croyais avant mon arrivée ici. Lors du voyage me ramenant chez moi, je n'avais pas réussi à réfléchir. Mon esprit était hors service.
Mais depuis cet instant, depuis la seconde où mon but était certain, je n'avais eu de cesse de penser à lui, de tenter de comprendre, de me documenter, de chercher un quelconque indice. J'avais beau fouiller un nombre incalculable de documents traitants d'anciennes mythologies, de croyances, je ne trouvais presque rien. Je passais des nuits blanches sur mon ordinateur, je ne dormais qu'une à deux heures; toute mon attention se référait à l'Astre. Je ne pouvais penser que j'avais tort, que j'avais été victime d'une hallucination. Tout cela avait été vrai. J'avais sans le vouloir découvert un secret dont je ne connaissais ni l'origine, ni la grandeur, ni la consistance. Pourtant, j'étais persuadée que l'apparition s'était réellement déroulée. Cette étoile humaine m'avait ôté toute sensation, de concret, d'acquis. Il ne restait plus en moi que l'instinct, les sentiments, la croyance et l'espoir. L'espoir de le revoir un jour ...
Selon moi, il se cachait. Peut-être avais-je été une erreur qui n'aurait pas du se produire. Il était possible que je fusse un gros problème pour lui. Cela m'intriguait d'autant plus. Je me demandais encore pourquoi il s'était montré, pourquoi moi seule l'avais vu, s'il était unique, s'il pouvait se montrer à d'autres que moi, ... Parfois, pendant mes courtes nuits, je rêvais de toucher son aura si extraordinaire, cette nimbe qui dessinait si bien ses contours. Et je me réveillais.
Tout ce que je savais, c'était qu'il existait. C'était tout. Ce n'était donc rien. Pourtant, une sensation étrange me laissait à penser que c'était loin d'être rien. Certains manuscrits empruntés ça et là évoquaient des sortes de divinités qui auraient la faculté de vivre parmi les humains sans que ces derniers aient le moindre soupçon. Un roman fantastique, lui, faisait état de la faculté de certaines personnes à voir ce que les autres ne pouvaient apercevoir, tels des élus choisis pour être les messagers d'être supérieurs, les médiateurs entre les cieux et la Terre. Tout ceci restait malgré tout bien trop vague, et je ne pouvais me résoudre à utiliser de telles théories. L'impossible devenait possible, et cependant je n'avais peur que d'une chose : Ne pas le retrouver. Découvrir un des plus grands mystères de l'Humanité, renverser l'Histoire, retourner la certitude en doute et pouvoir considérer le jour comme étant la nuit, ça ne m'importait que peu, ce ne fût pas effrayant. J'avais juste peur de ne jamais le revoir, et de devoir poursuivre mon chemin avec cette certitude qu'il existait, sans pouvoir en savoir plus, sans réitérer la superbe expérience...
La crainte renforçait l'intensité de mes recherches, et la fatigue creusait sur mon corps et mon esprit des cernes quasi-inhumaines, comme des ombres immenses cachant un paysage torturé. J'avais besoin de le retrouver, et cette perspective était devenue l'ultime intérêt de ma vie sur Terre. Petite, j'exprimais une inquiétude sans pareilles à l'idée de ne pas connaître ma mission, mon unique combat. A présent qu'il m'était apparu, je m'y étais accrochée. Et je ne le lâcherais pas avant la fin. Ma fin.
J'appréciais du bout des doigts les rayons de la bibliothèque. Ma première exigence lors de la construction de la maison était cette pièce, la plus importante à mes yeux. Je n'aurais pu concevoir de lieu de vie sans ce noyau de savoir. Et je ne le regrettais pas. Pourtant renfermée, sombre, elle était la pièce principale des lieux. Les murs étaient restés blancs. Cela désolait le designer. Puis, peu à peu, les étagères avaient recouvert la peinture. Maintenant; on ne voyait plus les murs, sauf par endroits, où les livres n'étais pas assez hauts. Un fauteuil trônait, près de la fenêtre et du peu de lumière qui transperçait les volets. Tout n'était que calme et mystère. C'était une ambiance que je chérissais. Je choisis un livre au hasard, placé en hauteur. Sa couverture ne m'était pas familière. L'avais-je seulement déjà lu ? Non, peut-être pas. Il n'avait pas de couverture spécifique, il était juste sombre, étrange. Pas de titre, d'auteur, d'édition. Ni sur la première de couverture, ni sur la quatrième, ni même la tranche. Aucune indication. Les pages elles-mêmes n'étaient pas faites de cette matière habituellement fine; elles s'approchaient plutôt de l'aspect qu'ont celles des grimoires. Ce livre ne me renvoyait à aucun souvenir. Sans savoir pourquoi, j'avais l'impression qu'il ne m'appartenait pas. Je l'ouvris, lentement, avec précaution, le coeur serré. Mon imagination débordante fleurissait de milles scènes et histoires rien qu'avec un simple livre. Mais peut importe, j'adorais cela. Les premières pages étaient blanches, totalement blanches. Il en était de même pour le suivantes. Et encore ... jusqu'à la fin. Ce livre ne contenait rien. Strictement rien. M'installant dans mon fauteuil, je tournai le livre en tous sens, cherchant un indice, quoi que ce soit qui puisse m'indiquer son origine. Mais je ne voyais rien. Sans savoir pourquoi, j'eus l'idée de sortir de ma sombre bibliotheque et d'exposer page par page le livre à la lumière. Et là, des mots apparurent. Des dizaines, des centaines, bien plus encore. Ils n'en finissaient plus. Ils ne formaient pas tous des phrases, mais se suivaient dans un ordre précis. Je feuilletais les pages et me noyais dans tous ces écrits. Puis je revins à la première page, histoire de commencer par le commencement. J'y lus des mots qui eux formaient autre chose qu'une abstraction : "De la Lumière nait toute la Vérité." Cela ne pouvait pas être une coïncidence. L'Astre ... La Lumière ... La Vérité. Comment croire au hasard à présent ? J'étais trop concernée par des phénomènes étranges.
On me lançait un défi. Et je me faisais un plaisir de le remporter.